Historique
du cimetière de Robermont
par Chantal MEZEN,Conseillère communale de la ville de Liège
et Présidente de l'Association " Les cimetières liégeois",
avec la collaboration de
Joseph BEAUJEAN, administrateur de la même association.
Au
milieu du XIIème siècle, ce territoire appartenait au maître d’hôtel
du Prince-Evêque,
le Chevalier Wéry des Prés. Il y fit construire un oratoire et le dota
d’un jardin,
de terrains, construisit un cloître, et en 1200, s’y établit une communauté
de jeunes filles pieuses.
En 1215, ces religieuses choisirent l’ordre de Citeaux reprenant les
règles primitives de Saint Benoît,
qui recommande l’austérité, le travail manuel et l’agriculture.
Le dur labeur des religieuses et les multiples dons qu’elles reçurent
firent que l’abbaye
s’enrichit et suscita les convoitises ; de ce fait, surtout par leur
isolement,
les religieuses de la communauté furent la proie de luttes fréquentes
et de pillages.
Lors d’une de ces attaques, elles durent évacuer avec meubles et archives
et elles allèrent se réfugier au Val Benoît de 1230 à 1231,
mais des conflits éclatèrent rapidement avec les moines augustins qui
résidaient au Val Benoît.
L’affluence des candidates religieuses fut telle qu’après quelque temps,
les moines augustins furent délogés de leur bâtiment et leur congrégation
connaîtra bientôt des conflits.
Une partie des religieuses restera à l’abbaye du Val Benoît et
l’autre partie va se réinstaller dans l’abbaye de Robermont,
dont les bâtiments ont été restaurés par le seigneur Lambert,
chanoine de la cathédrale et trésorier de la collégiale Saint-Denis.
Deux siècles plus tard, en 1468, l’abbaye de Robermont n’échappe pas
à la destruction par le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire.
Encore, une fois, les religieuses vont devoir reconstruire et restaurer
leurs bâtiments mais elles vont se développer maintenant
pendant plusieurs siècles et prospérer, tout en étant quand même
encore la proie de vandales, de pillards et de soldats sur le chemin
de l’Allemagne,
vers Aix-la-Chapelle. Pendant tous ces siècles de prospérité,
elles ont toujours pu compter sur la bienveillance des Princes-Evêques
de Liège.
Le
28 novembre 1792, les troupes républicaines envahirent la ville de Liège
et expulsèrent cette communauté du site de Robermont.
Celle-ci réintégrera cependant l’abbaye en 1793.
Les restaurations à peine effectuées, en juillet 1794,
le monastère fut à nouveau envahi, cette fois par les autrichiens.
La loi du 1er septembre 1796 ordonna la suppression des communautés
religieuses
et la remise de leurs biens à l’état républicain.
Le 16 avril 1797, l’abbaye de Robermont fut vendue.
Lors de la vente, l’administration municipale de Liège fit soustraire
des enchères le jardin, pour en faire un cimetière car le haut mur qui
l’entourait,
sa localisation aisée et son éloignement de la cité mettaient celle-ci
à l’abri de toutes les maladies.
Et c’est le 15 avril 1799 que le Conseil municipal affecta provisoirement
le jardin de Robermont à l’inhumation des militaires décédés
à l’hospice des Ecoliers, actuellement la caserne Fonck .
Ce sont donc les militaires qui furent les premiers locataires de la
nécropole.
Ainsi, la ville avait devancé les dispositions du décret napoléonien
du 12 juin 1804 par lequel étaient prohibées, pour tout l’Empire,
les inhumations dans les églises et les enceintes des villes.
C’est le 19 avril 1805 que le Conseil municipal de Liège décida
que les inhumations ne pourraient plus se faire que dans
les cimetières des Bayards, de Hocheporte et de Robermont,
les deux premiers n’existant plus actuellement.
Ce raccourci historique établit donc sans conteste que les hauteurs
de Robermont ont, depuis le XIIème siècle, toujours été étroitement
associées à la vie de la ville de Liège.
Après que les autorités de l’époque aient décidé d’affecter
ce site à une vocation de nécropole, le cimetière de Robermont
s’est agrandi au fur et à mesure des besoins,
pour devenir actuellement la plus grande nécropole de Wallonie.
Robermont est aujourd’hui un grand parc boisé de 44 ha,
en plein site urbain, où l’on peut se promener comme dans un grand livre
d’histoire,
où défilent d’allée en allée les noms des hommes qui ont fait la grandeur
de notre cité.
Qu’ils soient sculpteurs, peintres, musiciens, hommes politiques,
écrivains, professeurs d'Université, botanistes, horticulteurs
et autres célébrités, pour la plupart, ils sont inhumés à Robermont.
Le
patrimoine des cimetières constitue un témoin privilégié de
la mémoire collective des localités et, en particulier,
Robermont est la mémoire des hommes qui ont fait la grandeur de notre
ville.
Pour que ce patrimoine puisse être transmis intact aux générations futures,
il convenait de le préserver.
C’est la raison pour laquelle une demande de classement de la partie
ancienne
du cimetière de Robermont fut introduite dès 1998,
demande qui s'est concrétisée de manière officielle le 24 septembre
2002
par la signature de l'arrêté de classement du site par le Ministre Michel
Daerden.
Le
29 octobre 2002, l'association " Les cimetières liégeois" a vu le jour.
Elle a pour but la promotion, la mise en valeur, la conservation et
la restauration des cimetières liégeois. |