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à Merci à
Vincent Colin
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Pierre
Cochereau choisit la musique après ses études secondaires
et entre au Conservatoire de Paris où il reçoit l'enseignement
de Marcel Dupré, Maurice Duruflé et Noël Gallon.
Il y obtient les premiers prix d'orgue, d'harmonie, d'écriture
et d'histoire de la musique. Dès 1942, il est titulaire de l'orgue
de Saint-Roch et devient en 1955 titulaire des grandes orgues de la
Cathédrale Notre-Dame de Paris.
Il fera de cette tribune parmi les plus célèbres, un lieu
d'accueil pour les organistes du monde entier auxquels il cédera
ses claviers tous les dimanches après-midi pour des auditions
d'une heure au cours desquelles tous les styles d'œuvres pour orgue
auront droit de cité. Ces concerts remarquablement présentés
par Jehan Revert, maître de chapelle de Notre-Dame, seront à
sa demande systématiquement enregistrés, ce qui fait de
ces archives un témoignage inestimable du "jeu" organistique
aux XXe et désormais XXIe siècles. Il faisait preuve pour
le répertoire d'orgue d'un remarquable éclectisme, admettant
lors de ces auditions les œuvres les plus modernes à son
époque d'Arvo Pärt à Iannis Xenakis, en passant par
des compositeurs considérés comme plus "légers"
tels Georges Delerue qui lui écrivit (et pour Roger Delmote)
une Sonate pour trompette et orgue.
Pierre Cochereau aura pour souci de maintenir, de "relever"
ce remarquable instrument (dont il ne connaîtra hélas pas
la restauration), d'abord avec Jean Hermann puis en faisant appel, à
la mort de celui-ci, à Robert Boisseau et Jean-Loup Boisseau.
Ceux-ci feront, d'abord avec lui puis pour Jean-Loup seul avec ses successeurs,
de cet orgue ce qu'il est aujourd'hui.
Contrairement à la plupart de ses collègues de l'époque,
Pierre Cochereau était, avec les Souberbielle, Jean-Albert Villard
et quelques autres organistes un peu plus jeunes, tels Michel Chapuis,
Francis Chapelet ou encore Xavier Darasse pour ne citer que les plus
emblématiques, très compétent en matière
de facture d'orgue, qu'elle soit orientée vers un retour à
la "tradition" ou empreinte de modernité, et le travail
manuel ne lui était pas étranger, pas plus que ne lui
étaient étrangères les compétences en matière
d'administration.
Il est aussi directeur du Conservatoire du Mans de 1949 à 1956,
de celui de Nice de 1961 à 1979 et est enfin chargé de
créer ex nihilo à Lyon, à coté du CNR, le
second Conservatoire National Supérieur de Musique en France,
dont il restera le Directeur jusqu'à sa mort en 1984. En plus
d'être un grand organiste aux interprétations à
la fois brillantes et respectueuses de la tradition du répertoire
d'orgue classique, romantique et contemporain, il est particulièrement
réputé pour ses dons exceptionnels d'improvisateur.
N'oublions pas que Pierre Cochereau fut, beaucoup plus simplement, un
"organiste d'église" aussi présent à
sa tribune que sa carrière de concertiste et de pédagogue
le lui permettait. Sa connaissance approfondie du chant grégorien
et plus généralement de la musique liturgique faisait
de ses interventions au cours des offices, soit en accompagnant soit
en improvisant, d'inoubliables moments de musique.
Pierre Cochereau fut le premier à sortir "physiquement"
l'orgue de ses lieux de prédilection, en faisant des tournées
accompagné le plus souvent de son ami et excellent trompettiste
Roger Delmotte, avec son orgue "itinérant" à
tuyaux, d'une dizaine de jeux qu'il transportait dans une remorque attelée
à l'une de ses toujours somptueuses automobiles.
Pierre Cochereau fut aussi avec Pierre Firmin-Didot co-fondateur du
Grand Prix de Chartres, concours d'orgue de renommée internationale,
qui eut pour originalité d'instituer à côté
du traditionnel prix d'interprétation, un tout aussi important
prix d'improvisation.
Même si tout un chacun prétend à un titre ou à
l'autre, jusitifé ou non, être "son fils spirituel",
Pierre Cochereau est injustement oublié de nos jours. Son œuvre
musicale écrite est de qualité mais peu abondante. Il
laisse en revanche, sur des centaines de bandes Revox et fort heureusement
bien gardées, une immense quantité d'improvisations (et
aussi, mais en moins grand nombre, d'œuvres du répertoire)
enregistrées au cours des offices et en concert à Notre-Dame.
L'écoute analytique de la somme de ces enregistrements effectués
sur une période allant globalement de 1965 à sa mort et
réalisés avec talent et fidèle assiduité
par François Carbou devrait permettre de comprendre et d'apprécier
la réalité de cet artiste unique et, malgré les
honneurs de son vivant, mystérieusement atypique et particulièrement
flamboyant.
Pierre Cochereau est décédé d'une crise cardiaque
dans la nuit du 5 au 6 mars 1984 à Lyon, à l'âge
de 59 ans.
Il avait eu avec sa femme Nicole deux enfants qui sont aussi devenus
musiciens: Jean-Marc, chef d'orchestre et directeur du Conservatoire
de Tours, et Marie-Pierre, harpiste.
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