FENEON Félix

(1861-1944)

 

critique et journaliste
DIVISION 87 columbarium
case 1597

Merci a Robin
pour cette photo
De 1881 à 1894, Félix Fénéon fut employé au ministère de la guerre. « Personne ne savait comme lui rédiger un rapport sur n'importe quoi, affirme un de ses collègues cité par Octave Mirbeau, et il se faisait une joie de rédiger les rapports des autres, pour qui ce travail intellectuel était une angoisse, une torture, et souvent une insurmontable difficulté. Les rapports de Fénéon étaient, paraît-il, des façons de chefs-d'œuvre, nets, précis, d'une langue administrative parfaite. Ce subtil et délicieux artiste, qui se plaisait parfois aux curieux déhanchements de la phrase, aux concordances de rythmes bizarres, avait la faculté d'écrire comme un rédacteur de codes. Il aimait à plaisanter ce talent particulier, mais qui prouve, contrairement aux récits de quelques nouvellistes, lesquels me paraissent ne guère connaître celui qu'ils biographient et jugent avec tant d'assurance, combien son esprit était clair ».
Il s'engage dans le mouvement anarchiste dès 1890 et collabore à de nombreux journaux ou revues libertaires comme L'Endehors (dont il assumera la direction pendant l'exil de Zo d'Axa) à Londres, La Renaissance, La Revue Anarchiste, etc. On l'accuse d'avoir été l'auteur de l'attentat contre le restaurant Foyot, le 4 avril 1894. Une perquisition à son domicile permet de découvrir du matériel, mercure, qui, selon l'accusation, aurait pu permettre de fabriquer une bombe. Il fait partie des accusés lors du « Procès des trente » en août 1894. De nombreux artistes et écrivains, notamment Stéphane Mallarmé, Octave Mirbeau, prennent sa défense et viennent témoigner en sa faveur : il est acquitté. Il est partie prenante dans le soutien apporté par des intellectuels, Zola etc, à Alfred Dreyfus. Il est un des signataires du Manifeste des intellectuels publié par L'Aurore le 14 janvier 1898. Après la Première Guerre mondiale, et devant la Révolution russe de 1917, il s'éloigne de l'anarchisme pour se rapprocher du communisme.
Félix Fénéon est surtout connu comme critique d'art et découvreur de talents. On lui doit un texte de première importance, le manifeste du néo-impressionisme : Les Impressionistes en 1886. Il fut co-fondateur de La Libre Revue et de La Revue indépendante (1884), fut l'un des principaux rédacteurs de la revue La Vogue, puis il fut secrétaire de rédaction de la Revue Blanche (1896-1903), et collabora également à La Revue moderniste, au Symboliste, à La Cravache, à La Plume, au Chat noir, aux Entretiens politiques et littéraires de Francis Vielé-Griffin, au Père peinard. Il fit découvrir et publier, des auteurs tels que Jarry, Mallarmé, Apollinaire, Rimbaud, etc. En peinture, il contribua à faire connaître Pissarro, Seurat, Signac, Van Dongen, Matisse, etc.
« Malgré son aspect volontairement froid, sa politique un peu roide, le dandysme spécial de ses manières, réservées et hautaines, écrit Octave Mirbeau, il a un cœur chaud et fidèle. Mais il ne le donne pas à tout le monde, car personne n'est moins banal que lui. Sa confiance une fois gagnée, on peut se reposer en lui comme sous un toit hospitalier. On sait qu'on y sera choyé et défendu, au besoin. » « Tout était étrange en lui, note Jean Ajalbert, de sa longue tête anguleuse, de sa face à barbiche, de yankee de café-concert, – à son flegme jamais démonté. À travers les conversations échauffées, il n'intervenait que par apophtegmes doux, d'une voix caressante, imprévue de ce grand corps comme en bois, sous le mac-farlane rigide, le crâne surmonté du haut de forme à bords plats. »
Fénéon, selon la formule d'Apollinaire, « n'a jamais été très prodigue de sa prose ». Si ses articles sont innombrables, ils tiennent parfois en une demie-ligne, comme cette critique d'un roman : « Dédié à Madame Edmond Adam et certainement approuvé d'elle », ou ce commentaire dédaigneux d'un pastel médiocre : « G. Dubufe. – De M. Guillaume Dubufe. »
Ses Nouvelles en trois lignes, publiées à partir de 1906 dans Le Matin, en font l'un des inventeurs de la « brève » et du fragment. L'humour souvent absurde de ces textes annonce Dada et le surréalisme.

 
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Le Père Lachaise . Paris
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